Dans la série de bons (voire grands) millésimes que connaît notre région depuis le début des années 90, il est difficile de ne pas voir l’influence d’un changement climatique. Mais faut-il se fier aux apparences ? Certes les vendanges commencent plus tôt, la qualité des millésimes est plus stable. Mais le vigneron travaille beaucoup pour cela !

La question est moins anecdotique qu’il n’y paraît. Certains articles évoquent déjà l’arrivée à moyen terme de la syrah en Bourgogne. Il est piquant de constater à quel point l’histoire se répète : dans son ouvrage qui a servi de socle à la définition des appellations contrôlées, le docteur Lavalle s’interrogeait déjà en 1855 sur de possibles changements de températures conduisant à des vendanges plus tardives au 19ème siècle. Aujourd’hui comme hier, on s’inquiète de la solidité du couple cépage-terroir et de l’avenir de nos appellations.

Il faut dire que si changement climatique il y a, il a plutôt eu des effets positifs dans la décennie 90. Ce n’est que depuis 2003 que l’on s’interroge sur un possible changement des caractéristiques qui font la réputation du bourgogne.

Jusqu’alors en effet, le professionnel habitué à scruter anxieusement le ciel de septembre (le mois décisif) n’avait pas vraiment gagné en sérénité... Peu de millésimes connaissent une fin de saison tranquille sur une période prolongée ; dans les 15 ans qui viennent de s’écouler, on peut citer - à des degrés divers - 90, 96, 97 ou 99. Pour les autres, la chance y est pour beaucoup et un rien aurait pu les faire mal tourner : 2002 a bénéficié de 5 jours de temps sec et frais dans la toute dernière phase de la maturation, échappant de justesse à un orage important la veille des vendanges ; 2005 a connu un scénario similaire ; 2004 était sur une mauvaise pente avant une période de 8 jours de beau temps début septembre ; en 2001, le temps était couvert mais il a peu plu ; etc, etc...

Il est donc encore trop tôt pour conclure à un changement durable des conditions climatiques en Bourgogne. Nous voyons, comme les autres régions, des étés peut-être plus chauds en moyenne, qui raccourciraient légèrement le cycle de maturité. Mais l’essentiel est ailleurs. La grande précocité de nos vendanges depuis 15 ans (peu de récoltes commençant ou se déroulant en octobre) est attribuable à des changements de pratiques culturales. Sauf peut-être 1997 (petite récolte, météo idéale pendant les vendanges, peu de tri) ou 2003 (pour des raisons évidentes), aucun millésime récent n’aurait eu le même caractère ou la même qualité s’il avait été mené dans les conditions d’il y a 30 ans. À l’époque, comme cela avait toujours été le cas, on laissait faire la nature. Si elle vous donnait une récolte pléthorique qui, au ramassage, ne titrait que 10°, on l’acceptait.

Aujourd’hui, les viticulteurs les plus exigeants veulent exercer un contrôle sur leur vigne. Les résultats sont immédiats et spectaculaires : on peut gagner jusqu’à une semaine sur la date de récolte. La vendange verte permet une homogénéité de mûrissement des raisins et une concentration du jus, l’effeuillage et un palissage plus élevé conduisent à un mûrissement plus rapide des baies. Le tri à la vendange participe de la même philosophie. Pour qui ne l’a pas expérimenté directement, il est difficile de se rendre compte à quel point une vendange régulière et raisonnable réagit très rapidement à des conditions météo favorables.

Seule une petite minorité recoure à ces méthodes mais elle gagne du terrain. En 2004, beaucoup de vignerons qui n’avaient jamais enlevé de raisins l’ont fait, de crainte d’avoir une récolte pléthorique incapable d’aller à maturité. Le marché, devenu plus exigeant, fait évoluer les mentalités. Le progrès technique a aussi son influence : des rendements plus abondants, des degrés naturels plus élevés (la sélection clonale) et des récoltes plus saines. Dans ces conditions, il est moins douloureux de faire ce qui est perçu comme des sacrifices pour améliorer la qualité de la vendange.

Psychologiquement, certains ont encore du mal... C’est donc bien une question de volonté et il n’y a pas de raisons de ne pas se mettre en condition de profiter de la chance, si elle veut bien continuer à nous sourire. Donc modification des conditions de production du pinot noir en Bourgogne ? Non, enfin, nous exploitons à plein le potentiel de notre cépage dans sa région d’origine.

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