• prix de la jeune création artistique 2021

    Après une première édition en 2019, créée à l'occasion de son 60ème anniversaire, le Domaine Méo Camuzet a décerné le dimanche 6 juin son deuxième Prix de la Jeune Création Artistique en coopération avec l'ENSA Dijon.

    Si l'objectif initial du Prix était de soutenir les jeunes artistes, cet objectif s'est trouvé renforcé par la pandémie que nous avons traversée collectivement, et le besoin d'offrir aux jeunes une échappatoire aux confinements, fermetures, mises à distance et autres contraintes imposées par la période.

    Cette édition a subi son lot de contraintes liées à la pandémie, mais le nombre de projets présentés et leur qualité a montré que rien ne pouvait empêcher la créativité et le talent de s'exprimer. Une grande satisfaction pour le Domaine, de voir que son Prix recevait encore une fois un écho favorable auprès des jeunes artistes, étudiant ou ayant étudié à l'ENSA Dijon : Yaqun Han, Justas Indrelé, Jérôme Lavenir, Carole Lebon, Eva Pelzer, Anaëlle Thiéry, Marie-Charlotte Uréna.

    Une exposition organisée dans la cave et la cuverie du Domaine a permis aux artistes de présenter leurs projets dans un contexte lié au thème du patrimoine immatériel de la Bourgogne, au jury de délibérer et au personnel du domaine de s'associer au projet dans un moment apprécié de convivialité et d'échange avec les artistes.


    Le Prix de la Jeune Création Artistique 2021 a été attribué à Eva Pelzer (diplômée 2020) pour

    Le Tastevin, 2021, grès de Saint Amand, sept têtes grotesques émaillées à la cendre de vigne, ferraille de récupération

    Le Prix Spécial du Jury 2021 a été attribué à Jérôme Lavenir (diplômé 2019) pour

    C'est ainsi que dans l'air, qui est bleu, la soif est sans fond

    Matériaux divers dont tonneau 228 L., 72x88 cm, 2021


    Eva Pelzer
    Jérôme Lavenir
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    DIplomée de l'Ensa Dijon en 2020, Eva vit et travaille à Dijon. Elle est en résidence en 2021 au Lycée de la Céramique de Longchamp et expose du 26 juin au 29 Août au Centre d'Art et de Villégiature de Mouthier Haute Pierre, Le Manoir.Elle est aussi @relzep sur Instagram

    Eva nous parle de son oeuvre :

    Tastevin2021
    (grès de Saint Amand, sept têtes grotesques émaillées à la cendre de vigne, ferraille de
    récupération.)
    Ma démarche actuelle porte sur l'appropriation des savoirs populaires à travers l'invention
    d'un registre folklorique alternatif. Il se traduit la plupart du temps par la création d'objets,
    d'installations, sculptures. J'utilise des médiums du registre vernaculaire, issus de l'artisanat,
    et des matériaux de récupération. Par ailleurs, l'humour est nécessaire à mon monde, car il
    permet plusieurs strates de lecture, et de se défier de la bêtise par l'ironie.
    C'est dans la continuité de ces recherches que j'ai pensé mon projet pour le prix de la Jeune
    Création Artistique. Ce qui m'intéresse dans les climats de Bourgogne, c'est que la spécificité de ce territoire est issue de siècles de travail du vignoble avec l'évolution des générations, des pratiques, des outils. Dans tout ce patrimoine, il y a un outil qui a spécifiquement retenu mon attention : le Tastevin.

    C'est un objet dont le symbole dépasse la fonction. Même s'il a été fait pour mirer le vin, voire le goûter, aujourd'hui il est d'abord un symbole de prestige du vin, avec notamment sa
    confrérie, les Chevaliers du tastevin. Cet objet est aussi traditionnellement transmis de
    vigneron.nes en héritier vigneron.nes. Dans un autre registre, on le retrouve dans tous les
    magasins de souvenirs touristique de la côte viticole.
    En agrandissant le tastevin, j'en ai fait une vasque, objet quasi rituel au-dessus duquel on se penche. Lorsqu'on regarde à l'intérieur, ce sont sept petites têtes grimaçantes qui nous
    regardent.
    Ces têtes grotesques sont des génies du vin, gargouilles gardiennes de l'ivresse.
    Le patrimoine immatériel, les chevaliers du tastevin, le prestige des vins de Bourgogne, tout
    cela a une finalité très concrète : au bout de la chaîne il y a du vin, et ce vin, on le boit. Cette boisson est depuis toujours liée au corps, aux plaisirs bacchiques, révélant parfois par l'ivresse les travers humains. Il est aussi créateur de sociabilité, vin joyeux à partager.
    Ainsi, la culture des Climats de Bourgogne étant une affaire très sérieuse, je me devais d'en
    rire avec ces gargouilles, résidentes du Tastevin !

    DIplômé de l'Ensa Dijon en 2019, Jérôme vit et travaille à Lyon. Actuellement en résidence au MAC Lyon, il expose jusqu'au 31 Octobre à Migennes, au port du canal et à Ouajdi Touch.

    Il est aussi à rencontrer sur https://www.jeromelavenir.com/


    C'est ainsi que dans l'air, qui est bleu, la soif est sans fond

    Matériaux divers dont tonneau 228 L., 72x88 cm, 2021


    Au départ il y aurait une image, simple et paradoxale, poétique et ironique tout à la fois, une image associant l'infini lumineux du ciel avec la stricte matérialité et la contenance limitée d'un objet à l'existence toute terrestre : le tonneau. Une image poétique en premier lieu. Gaston Bachelard, ce grand amoureux des poètes, du terroir et des éléments écrivait dans L'air et les songes, rédigé à Dijon en 1943, qu'en ses moments d'abandon au ciel bleu, la rêverie du poète en venait naturellement à « ne plus posséder que la dimension profonde », telle l'expérience d'une contemplation de l'infini dont le ciel bleu constituerait un archétype privilégié. Alors l'image d'un ciel bleu capturé, maîtrisé et conditionné par le savoir-faire humain serait ici pour moi comme l'expression d'une métaphore pour toutes les tentatives d'artistes fous et d'artisans passionnés, les uns comme les autres toujours en quête d'un absolu à ressaisir... Une image à l'image de mes propres obsessions de clarté, de légèreté, de complexité et de simplicité à la fois, d'élégance, de coïncidence des opposés, une image qui serait celle d'un grand écart réalisé avec grâce... Une image qui serait aussi à l'image de ce que peut représenter le vin de Bourgogne réputé léger, complexe, subtil, élégant, une image à l'image de ce que réalise comme subtil équilibre le climat de la région, propice à l'éclosion de telles qualités, ou encore une image à l'image de ce que serait peut-être la gageure du vigneron dans sa tentative toujours renouvelée de tenir le meilleur équilibre, et de faire entrer lui aussi, tout en délicatesse, l'infini dans une bouteille... Une image ironique enfin, car c'est le lot de toute illusion — et ce ne serait là rien de plus — que de donner à envisager, bien plus que l'éventuelle virtuosité d'une réussite, l'absurde folie de la tentative elle-même, et que de donner à mesurer, à travers la vanité affichée de pareille visée, la valeur d'un effort, valeur d'autant plus grande peut-être, que l'effort est un effort de toutes façons désespéré. A l'arrivée, il y aurait un objet, une sculpture, un volume qui prendrait donc valeur d'image : un fût qui contiendrait ni plus ni moins que l'infini visuel d'un ciel frais et lumineux comme l'est celui dont on peut faire l'expérience en Bourgogne dans la fraîcheur d'un matin printanier.