• 2022 : grand, beau, intelligent ...

    Certaines personnes, un peu agaçantes à la vérité, donnent l'impression d'avoir été gâtées par la nature : elles ont tout. Si l'on pousse l'anthropomorphisme jusqu'au vin, 2022 est incontestablement un millésime « doué » : abondant, agréable, avec une belle structure ... Comment peut-on l'expliquer ?

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    La saison fut marquée par l'ensoleillement, la chaleur et un déficit en eau. 

    Avril et Mai sont ensoleillés et secs et permettent un développement végétatif rapide. La fleur passe comme une lettre à la poste fin mai, ce qui explique en grande partie la précocité du millésime et les beaux rendements. Juin est globalement ensoleillé aussi, mais le temps change et des épisodes pluvieux salvateurs mettent un coup d'arrêt à la sécheresse. La fin du mois en particulier voit des cumuls très importants, heureusement sans dégâts de grêle ou d'inondation dans nos secteurs. Le reste de l'été est chaud et sec, un peu trop parfois, avec un épisode caniculaire mi-août, qui a pu ralentir ou bloquer des maturités.


    Les vendanges commencèrent le 29 août dans des conditions excellentes :

    Il fait beau mais pas trop chaud, les raisins sont de qualité, pas trop gros et de maturité homogène. Ils nécessitent très peu de tri. Les degrés alcooliques sont certes élevés, quelques appellations dépassent 14 mais la plupart sont en dessous de ce niveau et même pour quelques-uns, en dessous de 13. Peut-être le reflet d'une maturation poussive, sans que la plante exprime pourtant de signes visibles de stress hydrique. Les acidités sont dans la moyenne basse.


    Aucun problème en vinification ...

    Ici ou là, quelques cuvées nécessitent des aérations plus importantes. Mais pas de chaptalisation ; parfois une correction d'acidité à la marge. De très bonnes conditions donc, qui ont permis une vinification très peu interventionniste. À noter des rendements en jus dans la moyenne basse, les raisins n'étaient donc pas gorgés d'eau.


    Des surprises ... 

    En fin de vinification, les vins donnent l'impression d'être déjà très buvables et faciles. Les fermentations malo-lactiques s'enclenchent presque immédiatement et se terminent pour la plupart avant la fin de l'année. En principe, nous n'aimons pas trop cela, nous pensons qu'une pause entre les deux fermentations est bénéfique pour la structure du vin. Mais il faut dire, première surprise, que cette « malo » passe quasiment inaperçue à la dégustation et ne semble pas affecter les vins. Puis, le printemps et le début d'été confirment l'impression diffuse du début de l'année 2023 : les vins se tendent, ils acquièrent une verticalité et une structure insoupçonnée pendant les vinifications. Cela s'observe aussi à l'analyse, les pH n'augmentent pas entre début et fin de « malo », contrairement à la règle. Un phénomène qui s'observe tous les 10 ans à peine ...

    Tant et si bien que ce millésime qui avait commencé dans la douceur et dont on pensait pendant la vinification qu'il pourrait manquer de nerf, est devenu aujourd'hui plus affirmé et structuré. Il paraît complet et semble promis à un bel avenir. Cet aspect des choses étant assuré, le travail de préparation à la mise a consisté à détendre les vins, les ouvrir, à leur donner du temps pour les observer et les goûter avant de les lancer dans leur vie en bouteille. Tout cela dans le but d'éviter un phénomène de « fermeture » trop marqué.

    Même si les recommandations de dégustation vont insister sur un temps certain de vieillissement, il se pourrait bien que certains vins soient bons à boire presque à toutes les étapes de leur évolution : flatteurs dans leur jeunesse, acquérant de la tension avec le temps tout en restant équilibrés et approchables. Un phénomène peu fréquent mais rendu possible, sinon probable, par l'évolution observée en cave.


    Bourgogne Hautes de Côtes de Nuits blanc « Clos St Philibert »

    Le nez est ouvert, typique du « Clos St Phi » : sur les cailloux, les fruits jaunes et la poire, quelques arômes herbacés soutiennent le tout ainsi qu'un bois légèrement vanillé.

    En bouche, un très bel équilibre : l'attaque est ronde, la concentration au milieu juste comme il faut et la finale acidulée, exprimant les agrumes (citron et mandarine).

    C'est un vin vif, pas agressif ou mordant et plutôt excitant ! Il y a du fond, la droiture et la minéralité sont bien présentes bref, c'est un millésime bien représentatif de l'appellation. Il est parti pour nous rafraîchir pour les 10 prochaines années !

     

    BOURGOGNE CÔTE D'OR ROUGE « Etienne Camuzet »

    Un joli nez, qui s'ouvre sur des notes de fraise et fraise des bois, puis de cerise, sous-tendues par quelques arômes acidulés et épicés.

    La bouche est caressante, légère et sans aspérités, gourmande, avant une finale un peu plus structurée et acidulée.

    C'est vraiment un joli vin, fin et complexe pour un bourgogne, sans austérité (les tanins sont souples) mais avec une certaine droiture qui laisse penser qu'une attente de quelques années lui sera bénéfique. Un vieillissement plus long, jusqu'en 2035, est aussi tout fait envisageable.


    BOURGOGNE CÔTE D'OR ROUGE « Hémisphère Nord »

    Le nez est bien ouvert, sur des arômes de fruits noirs, en particulier la cerise ; pas de fûts neufs sur cette cuvée mais néanmoins un apport de bois plus toasté, qui évoque notamment la réglisse.

    Le vin est caressant en bouche, avec une belle texture initiale mais ensuite plus de verticalité et de droiture que la cuvée « Etienne Camuzet ». La finale est un peu plus courte.

    Une belle énergie, un vin qui paraît bon à boire également, avec une certaine légèreté qui lui donne de l'allant ! On peut commencer à le boire à partir de 2025.


    MARSANNAY

    Le nez s'ouvre petit à petit avec l'aération et développe des notes de fruits noirs, sur des touches végétales et un bois légèrement toasté.

    La bouche est souple au départ mais paraît vite assez verticale, avec une structure acide et tannique qui apparaît dès le milieu de la dégustation. Ces éléments restent présents en fin de bouche, sans être dominants.

    Ce vin aujourd'hui paraît un peu réservé, avec un beau potentiel toutefois ; le plus sage serait donc d'attendre 2027 avant de le consommer.


    FIXIN

    Un nez de moyenne intensité, où l'on trouve des fruits rouges et noirs sur des notes confiturées et un bois légèrement toasté. Un départ déjà très gourmand !

    La bouche est ample et tapissante, la texture de milieu de bouche caressante, avant une finale où des tanins plus présents resserrent l'impression d'ensemble.

    Beaucoup d'atouts pour ce vin si charmeur mais peut-être un peu moins intégré à ce stade que d'habitude. Là aussi, attendre 2027 sera bénéfique.


    NUITS ST GEORGES 

    Logiquement, compte-tenu de la présence de fûts neufs, le nez s'ouvre sur des notes sucrées (vanille, caramel) mais bien intégrées. Puis le fruit apparaît, avec des fruits rouges et noirs variés ; et également un côté iodé, plus surprenant mais très agréable.

    La bouche est très caressante, ample, donnant une sensation de gourmandise, avant une finale fraîche et toujours savoureuse.

    C'est un vin à la fois agréable et complexe, possédant une belle concentration et de la longueur. Ce qui est étonnant, c'est qu'il reste très accessible, on se fait déjà plaisir ! Aucun souci à le faire durer 10 ans aussi si l'on préfère.


    GEVREY CHAMBERTIN

    Le premier nez est mentholé et évoque aussi le thé noir fumé, puis avec l'aération, on retrouve les fruits. Le tout est charmeur, gourmand bien qu'encore un peu discret.

    La bouche est assez ramassée, compacte, on en devine la concentration. La texture est belle, on sent en même temps une certaine verticalité, des fruits qui s'expriment plus qu'au nez, la dégustation finissant sur des tanins légèrement serrés.

    Un bel équilibre prometteur, plus de vivacité et de fermeté que sur le Nuits, il faut donc attendre un peu. À partir de 2027.


    VOSNE-ROMANÉE


     

    CHAMBOLLE-MUSIGNY :

    Joli nez, bien ouvert, où s'exprime une dominante de fruits rouges bien mûrs, rehaussée par des épices, quelques notes herbacées et un bois bien intégré.

    En bouche, une belle texture, de l'amplitude, des tanins caressants, une bonne vivacité de fruits ... Mais également une certaine tension, une petite réserve, des tanins un peu serrés en finale ... laissent penser que le vin ne se livre pas complètement aujourd'hui.

    Mais il ne lui manque pas grand chose pour réaliser son potentiel et exprimer une harmonie que l'on sent proche : quelques années de vieillissement ... À partir de 2028-2029.



    NUITS ST GEORGES 1ER CRU AUX ARGILLAS :

    Le nez est bien ouvert, voire puissant, évoquant des fruits rouges et noirs (myrtille), soutenus par une légère sucrosité, ce qui accentue la gourmandise !

    La bouche est d'une belle texture, avec des tanins caressants, qui offrent plus de volupté que d'habitude sur ce vin. On retrouve cependant son acidité caractéristique en finale.

    Malgré un côté extraverti, il serait sage d'attendre quelques années avant de le déguster, pour une meilleure intégration de la fraîcheur. À partir de 2029.


    NUITS ST GEORGES 1ER CRU AUX MURGERS :

    Les arômes sont plus noirs et sombres que le Nuits Boudots. On compare souvent ces deux vins ... Également ouvert, le Murgers se distingue par un côté épicé et mentholé plus marqué, des arômes de fruits noirs et de réglisse. En tout cas, il fait preuve d'une belle complexité dès l'ouverture.

    En bouche, une très belle texture, généreuse mais dense et ramassée. Une certaine droiture à partir du milieu de la dégustation, cependant égayée par les fruits, qui s'expriment presque plus qu'au nez. La finale est serrée mais d'une belle longueur.

    Un très beau vin, qui a tout pour devenir grandiose ... Même si on apprécie déjà aujourd'hui sa puissance et son énergie, quelques années devraient lui donner un supplément d'intégration et donc, de complexité. Idéalement pas avant 2034.


    NUITS ST GEORGES 1ER CRU LES PERRIÈRES

    Un vin très ouvert dès le départ ! Une variété de fruits rouges, soutenue par des arômes sucrés (amande, nougat) explose en un beau bouquet.

    La bouche est plus compacte que ne le laisserait deviner le nez, la texture est belle, les tanins caressants, le milieu de bouche gourmand ... Seule la finale est légèrement serrée, portée par l'acidité et renforcée de notes épicées.

    C'est un vin très élégant, avec néanmoins une certaine tension et un peu plus de densité que d'habitude et qu'il convient donc d'attendre pour le goûter à son apogée. À partir de 2028.


    NUITS ST GEORGES 1ER CRU AUX BOUDOTS

    Le bouquet est très séducteur et offre d'entrée un nez de cerise et des arômes pâtissiers qui le rendent follement gourmand. Un léger côté fumé et épicé, de thé noir, apporte encore plus de complexité.

    Ce vin offre également un très beau toucher de bouche, des tanins caressants, une texture ample, qui tapisse le palais. La finale est légèrement serrée mais ni mordante, ni stricte.

    Comme toujours, c'est un vin généreux qui, même s'il semble accessible aujourd'hui, peut se développer encore. À attendre jusqu'en 2030.


    CHAMBOLLE-MUSIGNY 1ER CRU LES FEUSSELOTTES

    Tout de suite, de très beaux arômes de fruits noirs et rouges. Puis, quelques notes végétales et fumées apportent de la complexité à cet ensemble déjà charmeur !

    La bouche est ample, plutôt dense, avec du fond. Les tanins sont caressants mais la finale est plus serrée que le Chambolle Cras et le bois encore un peu présent.

    Ce vin possède à l'évidence un très beau potentiel mais avec sa petite austérité résiduelle, il demandera à vieillir pour se polir. À partir de 2028.


    CHAMBOLLE-MUSIGNY 1ER CRU LES CRAS

    Le premier nez est ouvert et expressif, on y détecte la cerise, une légère sucrosité et petit à petit, un côté mentholé et épicé. C'est déjà très gourmand !

    En bouche, une très belle texture, une densité conséquente mais le vin reste très charmeur et finit sur une impression saline tout à fait sympathique.

    Difficile de résister à ce vin, presque abordable dès maintenant ! Un léger vieillissement pour finir de l'intégrer est toutefois conseillé. À partir de 2026.


    CHAMBOLLE-MUSIGNY 1ER CRU LES FUEES

    Le premier nez est timide : on perçoit quelques fruits noirs, des notes fumées et épicées, du menthol, qui donne une impression de fraîcheur (pas de vendange entière pourtant).

    En bouche, malgré la rondeur et la texture soyeuse, le vin paraît compact et ne se livre pas totalement. La finale n'est pas sans gourmandise pourtant, d'une belle longueur et fraîcheur.

    Globalement, ce vin montre un bel équilibre, et apparaît fin et charmeur comme un Chambolle doit l'être. Il lui manque de se détendre un peu, quelques années de vieillissement devraient permettre d'atteindre ce but. À partir de 2029-30.


    CHAMBOLLE-MUSIGNY 1ER CRU LES CHARMES

    Le nez est complexe : fruits noirs et rouges, thé fumé, réglisse, menthe poivrée, épices ... Même riche et exotique, en fait !

    La bouche est caressante, ample et puissante, sans lourdeur. La finale est légèrement serrée, avec des tanins présents.

    Ce vin fait une très bonne impression : sympathique mais avec du potentiel et de la tension, il demande donc à vieillir pour être pleinement apprécié. À partir de 2029.


    VOSNE-ROMANÉE 1ER CRU LES CHAUMES : 

    Le bouquet, ample et séduisant, en impose dès l'ouverture : on y détecte des fruits rouges et noirs, notamment la cerise, des arômes sucrés d'amande et de cassonade, une pointe de menthol ...

    La bouche est plus compacte : beaucoup de finesse mais également de la droiture, qui laisse penser que ce vin ne se livre pas encore complètement. La finale est longue et les tanins caressants, avec peut-être une présence de bois plus marquée.

    Beaucoup de gourmandise pour cette cuvée emblématique de notre domaine et du village, favorisée par une belle maturité et tempérée par la délicatesse naturelle de cette appellation. Cela promet un bel équilibre et un grand plaisir de dégustation à terme. À partir de 2030 minimum.